À Posidonia 2026, Green Marine Europe a défendu une approche systémique de la performance environnementale : celle-ci ne dépend plus uniquement des caractéristiques techniques du navire ou de ses émissions en exploitation, mais de l’ensemble des choix effectués, de sa conception jusqu’à sa fin de vie.
Le 3 juin 2026 à Athènes, Antidia Citores, Directrice générale de Green Marine Europe, est intervenue lors de la session "Future of Shipbuilding", organisée dans le cadre de Posidonia aux côtés des projets Horizon Europe CirclesOfLife et EcoShipYard. Sa présentation, intitulée "The Future of Vessels Engineering", a mis en perspective les transformations de l’ingénierie navale et la nécessité d’évaluer la performance environnementale à l’échelle de l’ensemble du cycle de vie du navire.
Les caractéristiques techniques et les émissions générées en exploitation demeurent déterminantes. Elles ne suffisent toutefois plus à rendre compte de la performance environnementale globale d’un navire.
Celle-ci résulte désormais d’un ensemble de décisions prises tout au long de son cycle de vie : choix de conception, matériaux utilisés, procédés de construction, solutions énergétiques, maintenance, réparation, conversion, réutilisation des équipements, recyclage et démantèlement.
Cette évolution répond à plusieurs pressions qui se cumulent et interagissent : objectifs climatiques, mise en œuvre de FuelEU Maritime, trajectoire de réduction des émissions portée par l’Organisation maritime internationale, transformation des ports, protection de la biodiversité et attentes croissantes en matière d’acceptabilité sociale.
Les décisions d’ingénierie ont ainsi des conséquences à la fois réglementaires, opérationnelles, économiques et réputationnelles.
Le navire n’est plus un objet isolé. Il fait partie d’un système.
La présentation a souligné la nécessité de dépasser une logique reposant principalement sur la conformité technique pour aller vers une performance environnementale démontrée dans le temps.
Dès la conception, l’incertitude entourant les futurs carburants et les évolutions réglementaires impose de préserver plusieurs options technologiques. L’architecture du navire doit permettre son adaptation, sa conversion et l’intégration progressive de nouvelles solutions, sans enfermer l’armateur dans des choix devenus prématurément obsolètes.
Les chantiers navals constituent également des maillons à part entière de cette transition. La construction d’un navire génère elle-même des impacts liés notamment aux matériaux, à l’énergie, aux déchets et aux procédés industriels. La performance du navire ne peut donc être dissociée des conditions dans lesquelles il est construit, entretenu, réparé ou transformé.
La maintenance, le réemploi des équipements, la recyclabilité et la traçabilité des matériaux doivent, dans cette perspective, être anticipés dès la phase de conception plutôt que traités uniquement au moment de la fin de vie.
La donnée assure la continuité entre ces différentes phases. Sans informations structurées, fiables et accessibles, il devient plus difficile de mesurer les progrès, de comparer les solutions, de financer les investissements, de vérifier les résultats ou d’améliorer la performance environnementale d’un navire.
Cette continuité suppose également une meilleure circulation de l’information entre les acteurs concernés : armateurs, chantiers navals, équipementiers, ports, organismes de certification, régulateurs, investisseurs et autres parties prenantes.
Dans ce contexte, la certification peut apporter un langage commun et un cadre de progression partagé. Elle permet de traduire les innovations techniques en résultats mesurés, documentés et vérifiés, tout en inscrivant la performance environnementale dans une démarche d’amélioration continue.
Cette prise de parole s’inscrivait dans les travaux menés par Green Marine Europe au sein de CirclesOfLife, projet européen qui vise à développer des outils permettant de mieux intégrer les enjeux environnementaux tout au long du cycle de vie des navires.
La session "Future of Shipbuilding" a abordé plusieurs dimensions de la transformation de la construction navale : conception des navires, performance environnementale des chantiers, circularité, digitalisation et nouvelles méthodes d’évaluation.
Green Marine Europe y a contribué en faisant le lien entre les résultats de la recherche européenne, les réalités opérationnelles de l’industrie maritime et les démarches volontaires de performance environnementale déjà appliquées par les armateurs et les chantiers navals.
Cette approche élargie du cycle de vie permet de replacer chaque décision technique dans une trajectoire environnementale plus globale et de renforcer la cohérence entre conception, construction, exploitation et fin de vie du navire.
Image : CirclesOfLife retravaillée par IA.