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Bruit sous-marin et collisions avec les cétacés : du diagnostic à l’action collective

21 octobre 2026

À l’occasion du Green Shipping Day 2026, Green Marine Europe a organisé un atelier consacré à la réduction du bruit sous-marin généré par le trafic maritime et à la prévention des collisions entre navires et cétacés.

Cet atelier constituait le premier grand temps fort du Pilier 3 du Consortium Pelagos, consacré à la mobilisation des parties prenantes publiques et privées et piloté par BlueSeeds, Green Marine Europe et le Cerema. Il a réuni des opérateurs maritimes, des autorités publiques, des scientifiques, des ONG, des représentants portuaires et des experts techniques afin d’examiner les conditions concrètes de mise en œuvre de solutions opérationnelles au sein du Sanctuaire Pelagos, un espace marin transfrontalier entre la France, l’Italie et Monaco, d’une importance majeure pour les cétacés et la biodiversité méditerranéenne.

Si le Sanctuaire Pelagos constituait le territoire de référence de cette démarche, les échanges ont également dépassé ce périmètre géographique, compte tenu de la diversité des participants. Ils ont ainsi permis d’élargir la réflexion aux pratiques et aux contraintes opérationnelles rencontrées dans d’autres zones de navigation.

Les participants ont travaillé autour de cinq grands leviers : la réduction de la vitesse des navires, qui a occupé une place centrale dans les discussions ; les données et le partage des connaissances ; l’innovation technique et les pratiques opérationnelles ; la formation et la mobilisation des équipages ; ainsi que le rôle des ports, des acteurs territoriaux et des autorités publiques.

Des acteurs déjà mobilisés, mais à des niveaux de maturité différents

Un questionnaire préparatoire a permis de mieux cerner les pratiques existantes et les besoins des participants en amont de l’atelier.

Les répondants représentaient notamment des armateurs, des autorités publiques, des chercheurs et différents acteurs du secteur maritime, opérant aussi bien au sein du Sanctuaire Pelagos qu’au-delà.

De nombreuses organisations sont déjà engagées dans des actions relatives au bruit sous-marin, au suivi et au reporting environnemental, à la réduction de la vitesse, à la sensibilisation des équipages ou encore à la prévention des collisions. Toutefois, les niveaux de connaissance et d’expérience restent très variables, notamment concernant les zones maritimes particulièrement vulnérables (PSSA), les effets du bruit sous-marin sur la biodiversité et les risques de collision avec les cétacés.

Ces différences de maturité illustrent l’un des principaux défis : certaines organisations disposent déjà de procédures, de dispositifs de suivi et de mesures intégrées à leurs opérations quotidiennes, tandis que d’autres en sont encore au stade de l’évaluation des solutions ou de la structuration de leur démarche.

La réduction de la vitesse des navires : un levier majeur dont les modalités restent à préciser

Parmi les différentes solutions examinées, la gestion de la vitesse des navires a occupé une place prépondérante dans les échanges, notamment au sein des groupes consacrés à la réduction de vitesse et aux bonnes pratiques opérationnelles.

Ses bénéfices sont largement reconnus : une diminution de la vitesse peut contribuer à réduire à la fois les émissions sonores sous-marines et les risques de collision avec les cétacés.

Le Consortium Pelagos plaide en faveur de mesures de gestion de la vitesse plus ambitieuses, fondées sur des données scientifiques, y compris des réductions obligatoires de vitesse, qui pourraient être examinées par les autorités compétentes.

Associer les opérateurs maritimes à la réflexion sur les conditions concrètes de mise en œuvre de ces mesures constitue une étape essentielle de cette démarche.

Les discussions ont également fait ressortir qu’un cadre plus contraignant pourrait être envisagé afin de renforcer l’efficacité et la cohérence des mesures adoptées.

Une question fondamentale reste néanmoins à traiter collectivement : comment mettre en œuvre la réduction de vitesse dans la pratique ?

De combien faudrait-il réduire la vitesse des navires ? Dans quelles zones et à quelles périodes ? Par rapport à quelle vitesse de référence ? Et comment prendre en compte les différences entre types de navires, routes maritimes et contraintes d’exploitation ?

Ces questions sont déterminantes pour passer d’un principe largement partagé à des mesures réellement applicables.

La réduction de vitesse ne peut en effet être envisagée indépendamment des réalités opérationnelles du transport maritime : caractéristiques des routes, continuité de service, sécurité, contraintes horaires ou encore organisation du trafic.

L’atelier a donc abordé la réduction de vitesse comme un levier central d’une stratégie plus large, associant amélioration des connaissances, dispositifs de détection et d’alerte, bonnes pratiques opérationnelles, formation des équipages et coordination entre les parties prenantes.

Données, formation et coordination : des priorités communes

Le questionnaire préparatoire avait déjà mis en évidence plusieurs besoins partagés par les participants.

Parmi les principales actions identifiées figuraient la formation et la sensibilisation des équipages, l’expérimentation de technologies de détection, la collecte de données et la cartographie des risques.

Les contraintes opérationnelles apparaissaient comme le principal frein à l’action, aux côtés des exigences réglementaires, des coûts et du manque de coordination entre les parties prenantes.

À l’inverse, l’accès à une cartographie pertinente des risques, à des données scientifiques directement exploitables, à des formations, à un accompagnement méthodologique et à des financements a été identifié comme un facteur susceptible de faciliter le passage à l’action.

Une conclusion commune s’est dégagée des échanges : la réduction du bruit sous-marin et des risques de collision ne peut reposer sur une mesure unique. Elle nécessite de combiner plusieurs leviers et de renforcer la coopération entre les opérateurs maritimes, les scientifiques, les ports et les autorités publiques.

Poursuivre les travaux au-delà du Green Shipping Day

Ce premier temps fort du Pilier 3 du Consortium Pelagos doit désormais alimenter les prochaines étapes des travaux menés par BlueSeeds, Green Marine Europe et le Cerema afin de renforcer la mobilisation des acteurs publics et privés en faveur de la protection des cétacés.

Le Sanctuaire Pelagos demeure le territoire pilote de cette démarche. Les discussions ont toutefois confirmé que les enjeux identifiés dépassent largement ce périmètre géographique.

Ils concernent notamment l’accès aux données, la définition de mesures de gestion de la vitesse à la fois efficaces et compatibles avec les contraintes opérationnelles, la formation, la coordination entre acteurs, les outils de mise en œuvre et la reconnaissance des bonnes pratiques déjà engagées.

L’enjeu consiste désormais à traduire cette mobilisation en actions suffisamment concrètes pour être adoptées par les opérateurs maritimes, les ports et les autorités publiques, et ainsi favoriser des démarches mesurables, adaptées aux réalités du transport maritime.

Ces travaux ont vocation à nourrir à la fois les activités du Consortium Pelagos et, plus largement, l’évolution de l’indicateur de performance "Bruit sous-marin" du programme de certification Green Marine Europe.

L’objectif est que les enseignements tirés de ce territoire pilote puissent également contribuer à l’amélioration des pratiques maritimes dans d’autres zones européennes.

 

Photos : Sam Glazier

Le Consortium Pelagos

Coordonné par le Tethys Research Institute, le Consortium Pelagos s’inscrit dans le cadre de l’Initiative Pelagos et bénéficie du soutien de la Fondation Prince Albert II de Monaco.